Jean-Louis KIEHL : Briseur de dettes

Révolté par le surendettement et les désastres qu’il provoque dans la vie des individus, Jean-Louis Kiehl a fondé l’association Crésus, lauréate 2016 du prix des Héros de Notre Temps. Rencontre avec un homme combatif et déterminé.

 

C’est une recette populaire alsacienne, simple, roborative, économique. « Du fromage blanc, de l’ail, de la ciboulette et des pommes de terre. C’est bon, cela s’appelle Bibeleskäs. Quand j’étais enfant, les fins de mois étaient difficiles et nous en mangions souvent… Nous étions cinq. Mon père était ouvrier ajusteur et ma mère s’occupait du foyer », raconte Jean-Louis Kiehl, le président de Crésus, l’association nationale d’accompagnement des personnes surendettées, lauréate 2016 du prix des Héros de Notre Temps. « C’est un plat plein de calcium, cela vous fait grandir ! » glisse-t-il. Jean-Louis Kiehl a le sens du second degré. Attablé à la terrasse d’une brasserie strasbourgeoise, devant une savoureuse assiette de Bibeleskäs, il allume une nouvelle cigarette blonde. « C’est mon défaut, depuis l’adolescence… reconnaît-il, sourire résigné au coin de lèvres. Une façon d’évacuer la tension. Je ne m’énerve jamais, sauf contre moi. Parfois, je bouillonne intérieurement mais, en apparence, je garde mon calme. » Et des occasions de s’emporter, Jean-Louis Kiehl en a connu ! Car si Crésus, association aujourd’hui reconnue d’utilité publique, est une interlocutrice qui compte auprès des institutions, il n’en a pas toujours été ainsi.

 

L’aventure a commencé à l’échelle locale. Dans les années 1990, la crise économique en Allemagne et en Suisse laisse sur le carreau les travailleurs frontaliers. « Ils avaient contracté des prêts immobiliers à des taux élevés et n’arrivaient plus à rembourser. Il y avait des drames humains ! » J’ai convaincu une magistrate, Mme Beau, de créer l’association SOS Surendettement. Nous avons obtenu que les tribunaux suspendent les prêts pendant deux ans, le temps que les personnes retrouvent du travail et reprennent les remboursements, se souvient-il. Il y avait aussi des petits épargnants, dont pas mal de retraités, trompés par des banques qui les avaient poussés à investir dans des entreprises peu fiables du secteur de l’internet. Certains y avaient laissé toutes leurs économies… Révoltant ! »

Jean Louis KIEHL : briseur de dettesD’ABORD CONVAINCRE LES BANQUES…

Jean-Louis Kiehl est alors salarié du groupe Mercedes, entreprise dans laquelle il a fait toute sa carrière : de son apprentissage en comptabilité, à 14 ans en Allemagne, à la retraite en 2010, en passant par douze années d’expatriation en Afrique de l’Ouest pour représenter la marque. Une carrière bien remplie, assortie d’un fort appétit à se former qui le pousse à s’inscrire à l’université à son retour en France en 1990, parallèlement à son travail. En faculté de droit, il grimpe toutes les marches, de la capacité au doctorat en droit des contentieux. Un solide bagage pour défendre les ménages qui frappent à la porte de SOS Surendettement.

Mais comment s’y prendre pour négocier auprès des banquiers avec les seules armes d’une petite association locale ? « J’allais dans les agences ; je rencontrais les directeurs qui me renvoyaient vers le siège, mais quand on me ferme la porte au nez, je rentre par la fenêtre », reconnaît-il. Parfois, l’évocation d’une publication d’un article dans la presse permettait de débloquer la situation… Pugnace, Jean-Louis Kiehl ne se prend pas pour un justicier. « Il ne s’agit pas de combattre la finance, mais de convaincre les acteurs de ce secteur  qu’ils ont une responsabilité sociétale. Et qu’il y a une rationalité économique à éviter que les gens sombrent : lorsque l’on remet quelqu’un en selle, il rembourse sa dette, à condition de lui en laisser le temps. »

La décennie 2000-2010 est cruciale dans l’engagement de Jean-Louis Kiehl. Il passe à temps partiel et devient délégué du médiateur de la République pour l’Alsace. Pour l’association, c’est l’époque de la reconnaissance. SOS Surendettement change de nom et devient Chambre régionale du surendettement social (Crésus-Alsace), avant de devenir une fédération et d’essaimer dans tout l’Hexagone.

Aujourd’hui, la plupart des banques et des instituts de crédit sont en relation avec Crésus et lui envoient des clients en difficulté. « L’an dernier, nous avons fait économiser 150 millions d’euros aux banques : le montant des ardoises qu’elles auraient dû effacer si les dossiers étaient passés dans les commissions de surendettement. »

UNE PLATEFORME D’APPEL

En 2018, la fédération regroupe 30 antennes départementales, 117 points d’accueil et mobilise 600 bénévoles, tous retraités : anciens salariés des banques, magistrats, avocats ou juristes. Crésus est également agréé pour mener des actions d’éducation au crédit et à la gestion d’un budget en milieu scolaire.

À Strasbourg, une plateforme téléphonique nationale (03 90 22 11 34), animée par 24 jeunes professionnels de la finance, prend en charge les appels de personnes en difficulté.

À 66 ans, Jean-Louis Kiehl ne suit plus de dossiers individuels, mais travaille au développement de la fédération. Il sillonne la France pour promouvoir son action, rencontre des parlementaires, des patrons, fait antichambre dans les ministères et les institutions  financières, débat sans cesse. Un rythme plus que soutenu pour le jeune retraité. « Je ne vais pas gaspiller ma bonne santé à me dorer au soleil. Je fais 70 heures par semaine, comme un Japonais… Mais dans la bonne humeur ! »

500 000 PERSONNES ACCOMPAGNÉES

Aux murs de son bureau, des posters de Corto Maltese, le célèbre marin baroudeur de BD. Sourire. « Corto, c’est l’aventure et la poésie, l’un de mes héros avec Albert Schweitzer, le médecin des pauvres en Afrique, un modèle d’humanisme pour moi ! » confie-t-il.

Jean-Louis Kiehl veille également à préserver son cocon familial – son épouse Josiane et leur fille Paola – de la pression de son engagement. « C’est fondamental  ! Le week-end, nous allons au cinéma, à la piscine, au théâtre… » Notre homme des chiffres et des taux cultive aussi son jardin secret : la musique baroque. « Couperin, Rameau, Haendel, Bach, j’adore ! » Il joue du clavecin. « La musique m’aide à supporter mes moments de colère et d’indignation, lâche-t-il. Et ce qui m’indigne, c’est l’indifférence, le jugement moral porté sur les ménages surendettés, les effets collatéraux que subissent leurs enfants et le manque d’audace des pouvoirs publics pour imposer la mise en place du registre des crédits – qui permettrait de réduire le risque de surendettement mais aussi d’élargir l’accès au crédit à des populations solvables ayant un projet sérieux ! » Ce fichier, refusé jusqu’à présent par les banques, existe chez nos voisins. Grâce à lui les banquiers peuvent connaître l’ensemble des prêts contractés par une personne et lui refuser l’octroi du crédit de trop, celui qui la rendrait insolvable. «Résultat : 90 000 dossiers de surendettement en Allemagne et près de 200 000 en France !»

Depuis sa création, Crésus a accompagné 500 000 personnes. « Nous voulons éviter que les gens voient leur existence broyée à cause de problèmes financiers et leur donner les connaissances suffisantes pour se débrouiller : apprendre à gérer un budget, utiliser le crédit à bon escient, ne pas se faire piéger, savoir négocier, détaille Jean-Louis Kiehl.

 
 
 
 
 
 
 

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CRÉSUS est constitué d’associations locales, d’une Fédération et d’une Fondation.
 
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Muhammad YUNUS, prix Nobel et surnommé «banquier des pauvres» découvre Dilemme

 
Muhammad YUNUS, prix Nobel et surnommé « banquier des pauvres » découvre le programme d’éducation financière et budgétaire Dilemme développé par l’Association pour la Fondation CRÉSUS
 
 
« ÉDUQUER C’EST PARTAGER ! »

Retour sur la cérémonie des prix CRÉSUS 2018 au Palais du Luxembourg

Le 14 février 2018 a eu lieu la cérémonie de remise des prix CRÉSUS 2018, sous le bienveillant patronage de Monsieur Guy-Dominique KENNEL, sénateur du Bas-Rhin.

 

Des banquiers, des bénéficiaires, des sénateurs et députés se réunissaient pour échanger au Palais du Luxembourg.

Pascal BRUCKNER, romancier et essayiste français, a reçu le prix CRÉSUS pour son ouvrage "La sagesse de l'argent" publié aux Editions Grasset.

Quatre bénéficiaires d’un microcrédit social personnel accompagné par CRÉSUS, ont reçu le prix CRÉSUS solidarité 2018 au titre de leur parcours exceptionnel.

 

Des dettes par-dessus la tête - Article DNA - 05/03/2018

Ça n’arrive pas qu’aux autres, ça n’arrive pas qu’aux « pauvres », comme en témoignent les statistiques de Crésus ou de la Banque de France. Si le nombre de dossiers a baissé ces dernières années, le nombre de surendettés n’en reste pas moins préoccupant et les situations des uns et des autres sont parfois de vrais sacs de nœuds. Pour s’en sortir, le chemin est long. 

Sur l’ardoise de ce quinquagénaire du nord de l’Alsace, il y a encore 40 000 euros. Ce qu’il doit à sa banque pour son appartement, soit, à peu près, les intérêts, a-t-il calculé. Il témoigne anonymement et choisit Guillaume comme pseudonyme : « C’est un battant, un conquérant. » Habitant d’une petite bourgade des bords du Rhin, entre Haguenau et Lauterbourg, il est plus à l’aise pour parler Histoire que détailler ses galères. Et il y tient : « J’ai toujours essayé de m’en sortir tout seul. »

Tourneur-fraiseur, il a usiné des pièces de métal pour du matériel médical dans une entreprise, en Allemagne, pendant dix ans. C’était son dernier emploi avant que ne commencent les problèmes. « J’ai manipulé des produits qui m’ont rendu malade et j’ai perdu mon boulot. » Il a pu obtenir une petite prime de départ mais pas assez pour régler les crédits en cours.

Guillaume a obtenu un moratoire, soit le gel de ses dettes pendant deux ans

Sa voiture, il l’a perdue. « J’avais déjà payé 10 000 euros, elle en coûtait 27 000, ils l’ont récupérée». En fait, constate-t-il, «je suis tout seul. Quand tout joue contre vous, c’est plus facile à deux. » En revanche, il a encore son appartement. Parce qu’après avoir déposé un dossier de surendettement auprès de la Banque de France, il a obtenu un moratoire, c’est-à-dire un délai de deux ans pour rétablir sa situation, délai pendant lequel ses dettes ont été gelées. Deux ans pour se remettre à flot, pour reprendre du poil de la bête : « Quand la santé ne va plus, tout s’écroule. Maintenant, je vais mieux, j’ai retrouvé un travail. »

Sauf que ce n’est pas si simple : les deux ans sont échus, il a trouvé un boulot à la mi-février – par chance, il peut s’y rendre à pied – mais il n’est pas complètement sorti des ennuis. Il a fini par contacter l’association Crésus parce qu’à 53 ans, il ne veut pas perdre son appartement : « Je ne veux plus revenir à la location. »

Juste avant de retrouver ce travail en intérim, Guillaume touchait l’ASS (allocation de solidarité spécifique), soit près de 500 euros par mois. « J’ai eu des dettes un peu partout, parfois je mangeais à crédit. » Jusqu’à ce que l’assistante sociale le mette sur la piste de l’épicerie sociale de Lauterbourg : « Je ne savais même pas que ça existait. On peut avoir l’équivalent de 20 euros de nourriture pour 2 euros, ça vous aide. Là, je commence à y voir plus clair, déjà la santé. Je fais attention à ce que je mange, j’ai appris à faire la cuisine, je bouge. »

Nina (c’est aussi un prénom d’emprunt) a, elle, sollicité la fondation Crésus ce mois de janvier. Elle a 34 ans, pas d’enfants, et vit seule dans un studio de 24 m² situé dans un quartier du sud-ouest de l’agglomération strasbourgeoise : « Je n’habite pas une villa, je vis simplement. »

Elle doit près de 30 000 euros à sa banque et divers créanciers. Elle a pris un premier crédit renouvelable en 2005, puis deux, puis trois. Il s’agissait de cartes de paiement, pour faire des achats en ligne : « C’est tentant, surtout quand on travaille en intérim. Ils ne sont pas regardants sur la situation, ce ne sont pas de grosses réserves d’argent, jusqu’à 3 000 euros par carte. »

Au SMIC puis au chômage, Nina totalisait sept crédits et un total de 850€  à rembourser par mois

Lorsqu’elle décroche un CDI, sa banque lui octroie un prêt pour rembourser ses crédits. « Mon père est tombé malade, il est à l’étranger, il a fallu payer pour les soins. » Son premier prêt de 15 000 euros est alors augmenté de 6 000 euros. Elle ne gagne que le SMIC - soit 1 170 euros net.

Et puis elle recommence à faire des achats en ligne, avec une autre carte, pour 1 700 puis 2 000 euros. Elle se tourne vers un organisme de prêt, obtient cette fois 11 000 euros. Au total, elle finit par atteindre sept crédits, pour des mensualités totales de 850 euros.

En janvier 2017, Nina perd son emploi d’agent logistique pour un transporteur. Un licenciement économique. Elle a commencé depuis une formation, à distance, pour devenir secrétaire médicale mais a un peu de mal  « avec tous ces problèmes qui m’empêchent de dormir. Heureusement ma famille me soutient. »

Dans son entourage, peu de gens sont au courant : « Quand je travaillais, j’avais une collègue surendettée. Elle a eu des impayés, les créanciers l’ont appelé au bureau, elle était en pleurs. Ils harcèlent, ils appellent même les voisins, ils sont sans pitié. C’est dur psychologiquement. »

Avec son allocation-chômage de 1 000 euros, Nina est bien en peine. Elle est en train de remplir son dossier pour la Banque de France et compte désormais sur la commission de surendettement : « Je ne demande pas qu’on efface mes dettes, j’assume mes bêtises. Mais je voudrais juste pouvoir terminer ma formation, trouver un autre travail et retrouver une bonne situation. »

Prévention et accompagnement 

Quand Crésus réceptionne un dossier, l’association décide, en fonction du reste à vivre du demandeur, de l’orienter soit vers un accompagnement budgétaire, vers une médiation (renégociation), ou vers le dépôt d’un dossier de surendettement auprès de la Banque de France.

En 2017, les personnes qui ont contacté Crésus en Alsace supportaient une dette moyenne de 27 613 euros et disposaient d’un revenu moyen de 1 800 euros. Une fois retirées les charges (912 euros) et les mensualités de crédit (646 euros) il ne leur reste pour vivre que 242 euros.

Les personnes qui bénéficient d’un accompagnement de Crésus disposaient en 2017 d’un revenu moyen de 2 126 euros. Une fois débitées les charges (1 114 euros) et les mensualités de crédit (509 euros), le reste à vivre de 503 euros. Elles supportaient en moyenne 2,65 crédits, pour un montant de 38 161 euros. La plupart des personnes surendettées ont entre 35 et 65 ans, sont mariées (32 %) ou divorcées (34 %), sans enfants (plus de 70 %), locataires (74 %), employés (40 %) ou retraités (22 %).

« L’accompagnement donne de très bons résultats », indique Maxime Pekkip, de Crésus, issu du milieu bancaire comme la majorité de l’équipe ; ils savent de quoi ils parlent. Il permet « de mettre un frein à une lente et inexorable descente », ajoute-t-il. Comme l’illustre le témoignage de Nina, il peut se passer plus d’une dizaine d’années pendant laquelle une situation se dégrade, tant sur le plan matériel que personnel (divorce, perte d’emploi…) jusqu’à se retrouver à devoir déposer un dossier de surendettement. En 2017, chez Crésus –  ce sont toujours des moyennes  – les revenus des personnes ayant déposé un dossier étaient de 1 803 euros , avec 987 euros de charges, 1 005 euros de crédits, et un reste à vivre de - 189 euros, pour des ardoises moyennes de 37 828 euros. On trouve là des célibataires à 35 %, mais aussi des couples mariés (24 %) ou divorcés (29 %), employés à 40 %.

Crésus, planche de salut 

Crésus (Chambre régionale du surendettement social) a son siège à Strasbourg, où est née l’association en 1992, mais compte des antennes dans toute la France. Une trentaine de salariés et 600 bénévoles traitent quelque 60 000 dossiers dans l’année, sans forcément aller jusqu’au dépôt auprès de la Banque de France. Une plateforme téléphonique, davantage préventive, basée à Strasbourg, traite des dossiers de la France entière, adressés par les prêteurs pour l’essentiel – ce sont eux qui financent en grande partie, sinon des mécènes. Crésus est en train de mettre au point BGV, Budget à grande vitesse, une appli pour lutter contre le surendettement, et propose un accueil spécifique pour les autoentrepreneurs et travailleurs indépendants, de plus en plus nombreux.


Article rédigé par Myriam AIT-SIDHOUM dans les DNA Alsace - Surendettement, édition du lundi 5 mars 2018

L'appli mobile BGV va lutter contre le surendettement

 
Ça ressemble à une classique histoire de start-up : Jean-Louis Kiehl va lever 10 millions d’euros pour lancer une application mobile d’aide à la gestion du budget, élaborée dans un lab inauguré à Strasbourg le 11 janvier. Sauf qu’à 65 ans, Jean- Louis Kiehl n’a rien du jeune entrepreneur. Et d’ailleurs, il n’est pas entrepreneur, mais militant. Voilà vingt ans qu’il lutte contre le surendettement des ménages. La fondation qu’il préside porte un nom en forme de pied de nez aux problèmes d’argent, Crésus (Chambres régionales contre le surendettement social).
 
Né à Strasbourg dans les années 1990, le réseau de bénévoles a accompagné 500 000 ménages en difficulté dans leurs démarches auprès de la Banque de France. Il dispense aussi des formations à la gestion du budget pour les adolescents et les adultes. Jean-Louis Kiehl, lui, est arrivé là par hasard. Apprenti à 14 ans chez un constructeur automobile, il a travaillé comme comptable et comme chargé de communication, en Allemagne puis en Afrique. De retour en France, il entame, à 45 ans, des études de droit, boucle un troisième cycle de droit des contentieux, et devient délégué du Médiateur de la République. « C’est là que j’ai découvert le surendettement, mais la médiation ne traitait pas les litiges entre privés. Alors je suis devenu bénévole chez Crésus. »
 
Aujourd’hui, la fondation emploie 27 salariés. Elle est financée par les banques, qui lui adressent les clients à problèmes. Une plateforme de médiation renégocie toutes leurs dettes (EDF, banques, Trésor public) pour leur éviter la case Banque de France. Prochaine étape, les applications mobiles, pour aider les particuliers à maîtriser leurs dépenses. L’objectif, lui, ne varie pas : en finir avec le surendettement. H. B.
 
 Repères
 
Ancien bénévole chez Crésus, il crée la Fondation Crésus en 2008 pour développer l’éducation financière. Depuis 2011, il est membre d’Ashoka, un réseau mondial ultra-sélect qui encourage les innovations sociales.
 
Article paru dans Challenges n°548 (page 25), édition du 11 janvier 2018

Signature de la convention de partenariat et d’objectifs entre la Ville de Strasbourg et CRÉSUS Alsace

Afin d’agir de concert dans la prévention du surendettement de ménages strasbourgeois et de renforcer leur coopération dans l’accompagnement des personnes surendettées, la Ville de strasbourg et l’association CRÉSUS Alsace, experte dans ce domaine, ont signé une convention de partenariat et d’objectifs 2018/2019, ce lundi 27 novembre 2017 à 17 h dans les locaux de CRÉSUS Alsace, 25 rue de Lausanne à Strasbourg.

La ville de Strasbourg et Crésus Alsace partagent les mêmes enjeux ; apporter des réponses de qualité, adaptées et innovantes en direction des publics en situation d’endettement et/ou de surendettement, être en synergie sur les axes de la prévention, du traitement et de l’accompagnement.

La signature de la convention a été précédée d’une visite des travailleurs sociaux de la Direction des Solidarités et de la Santé de la Ville de Strasbourg dans les locaux de CRÉSUS Alsace et de la fondation afin d'y rencontrer leurs collaborateurs.

Cette convention sera mise en œuvre à compter de janvier 2018 et favorisera les liens réguliers entre les travailleurs sociaux de la Direction des solidarités et de la Santé et les salariés et bénévoles de CRÉSUS Alsace.

Le digital, arme contre le surendettement

La fondation CRÉSUS est en train de se doter d’une arme nouvelle pour lutter contre le surendettement. Elle va investir près de 3 millions d’euros pour développer une plateforme internet d’accompagnement à la gestion budgétaire. Un outil simple et intelligent, qui sera mis gratuitement à la disposition de tous.

Jean-Louis Kiehl s’est fait une raison : le registre national des crédits à la consommation, pour lequel il milite depuis plus de 25 ans, ne verra sans doute jamais le jour. La création de ce dispositif, destiné à lutter contre le surendettement en répertoriant l’ensemble des crédits détenus par un particulier, avait pourtant été prévue par la loi Hamon sur la consommation en 2014. Las, la mesure a été retoquée par le Conseil constitutionnel.

Le président de la fondation CRÉSUS – extension nationale de la Chambre régionale du surendettement social – a donc décidé de changer d’angle d’attaque. L’idée est toujours de faire de la prévention, mais autrement. L’organisation va en fait tirer parti des nouvelles possibilités offertes par le digital pour créer « une application interactive, dotée de fonctionnalités innovantes, permettant au consommateur de maîtriser en temps réel sa situation budgétaire et financière ». Son nom : le BGV (budget à grande vitesse).

Rassurer et accompagner

Le prototype, développé par le data lab de CRÉSUS, existe déjà. Très simple d’utilisation « pour rassurer les utilisateurs » , il « agrège les comptes bancaires, intègre toutes les informa-tions sur les charges » (loyer, électri-cité, gaz, assurances, impôts, etc.) et « calcule chaque jour ce qui reste jusqu’à la fin du mois ». Résultat, « il permet en cinq minutes de savoir combien d’euros on peut dépenser quotidiennement » et envoie des alertes en cas de dérive.

Le système, qui a recours à l’intelligence artificielle, est aussi capable de simuler l’impact d’un projet de prêt sur le budget, générer automatiquement des lettres de réclamation ou encore calculer les aides auxquelles la personne a droit (par exemple les APL ou le RSA activité) et d’établir la liste des documents qu’elle doit réunir pour demander à en bénéficier. Doté d’un coffre-fort numérique, il pourra aussi prévenir lorsqu’il faudra renouveler ses documents – passeport, carte de séjour, etc.

Si tout se passe comme prévu, cette application sera disponible gratuitement – auprès des établissements financiers partenaires de CRÉSUS – sur smartphone et sur ordinateur dans un peu moins d’un an. Le travail de développement, qui a débuté l’an dernier, n’est en effet pas achevé. Pour le mener à bien, « nous allons recruter des ingénieurs et des spécialistes en data » , annonce Jean-Louis Kiehl. Pour cela, « nous allons travailler avec des grands groupes qui vont nous aider à travers du mécénat de compétences ».

Un labo à Strasbourg

Une équipe s’installera à Saclay, au plus près des centres de recherche. Une autre est en place depuis le mois de juillet à la Station F, l’incubateur de start-up géant crée par Xavier Niel à la halle Freyssinet, à Paris – où « nous avons été sélectionnés comme entreprise de l’économie sociale et solidaire » , explique le président de CRÉSUS. L’essentiel de l’équipe, composée au total de douze personnes, sera cependant basé à Strasbourg, dans un nouveau laboratoire digital en cours d’aménagement pour un montant de 800 000 €.

Au total, CRÉSUS – qui ne perçoit pas de subventions (*) – prévoit d’investir 2,9 millions d’euros en trois ans dans ce programme. Pour le financer, « nous allons lever des fonds obligataires auprès des ISR (fonds d’investissement socialement responsable) » , annonce son président. Une démarche sans risque pour la fondation : « Si ça marche, l’État rembourse. Si ça ne marche pas, les investisseurs acceptent de perdre de l’argent. »

L’organisation, qui a « déjà des demandes de l’étranger » pour son application, pourra aussi compter sur une subvention de Bpifrance pour doter BGV d’une fonctionnalité supplémentaire en 2019 : une fiche de dialogue certifiée, destinée à faciliter l’accès au crédit dans des conditions « économiquement et socialement responsables ». Un dispositif qui rendra caduque, une fois pour toutes, la question de la création d’un fichier national des crédits.

(*) Le budget de CRÉSUS provient intégralement des dons versés par ses 60 partenaires (banques, organismes de crédit, etc.) pour continuer à accompagner les personnes en difficulté.

Article rédigé par Odile Weiss dans les DNA Région, édition du jeudi 26 octobre 2017
 
 
 

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